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La pression douanière américaine rapproche-t-elle la Russie, l’Inde et la Chine ?

Par

Shweta Chakrawarty

Shweta Chakrawarty

Le RIC, formé en 2002, refait surface alors que la Russie envisage d'accroître ses exportations vers la Chine et l'Inde dans un contexte de hausse des tarifs douaniers américains et de changement d'alignement géopolitique.

La pression douanière américaine rapproche-t-elle la Russie, l’Inde et la Chine ?

À retenir

Résumé généré par l'IA, examiné par la rédaction.

  • Les tarifs douaniers américains poussent la Russie et la Chine à relancer les négociations sur le RIC.

  • L’Inde reste prudente et évite de s’engager fermement.

  • Actuellement, le commerce est inégal, les ressources, les biens et les services étant divisés.

  • Chaque pays a des valeurs stratégiques différentes.

  • Le RIC offre une diplomatie discrète et flexible dans un contexte de changements mondiaux.

Tandis que les États-Unis appliquent leurs droits de douane les plus élevés depuis les années 1930, la Russie et la Chine envisagent d’autres options en dehors de l’ordre occidental. Il est à noter que ce n’est pas une réorientation stratégique de grande ampleur. L’idée même de la création du RIC n’est pas inédite. Elle a vu le jour en 2002, sous l’impulsion majoritaire de la Russie. Au fil des années, elle a été soutenue par un engagement constant, avec plus de 20 rencontres formelles entre 2002 et 2019. Ensuite, ces réunions ont pris fin.

Tout d’abord, il y a eu la crise sanitaire mondiale, puis en 2020, des frictions militaires ont éclaté entre l’Inde et la Chine le long de la Ligne de Contrôle Actuel. Depuis, le dispositif est en pause. Cependant, Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères, a récemment plaidé pour une reprise « dans les plus brefs délais », tandis que la Chine a aussi exprimé son intérêt pour renforcer davantage la coopération trilatérale. En revanche, l’Inde a adopté une approche prudente, acceptant le format sans toutefois se prononcer sur un échéancier. Selon la position officielle du MEA, une telle reprise n’aurait lieu que si cela « convient aux deux parties ».

Alignement du RIC et du commerce

Au cours de la dernière décennie, les transactions bilatérales entre la Russie et la Chine ont connu une augmentation de plus de trois fois. Cette expansion peut être attribuée à une division distincte : les ressources énergétiques et les matières premières sont issues de Russie, tandis que les biens manufacturés et les technologies sont fournis par la Chine. Les interactions entre la Russie et l’Inde ont également connu une hausse, malgré un point de départ nettement inférieur. Le commerce entre ces nations n’est pas juste. L’un vend surtout des fertilisants, du pétrole et des métaux de valeur. L’autre propose une plus grande quantité de médicaments et de vêtements.

La Russie est riche en ressources naturelles et énergétiques. La Chine excelle dans la fabrication de produits et possède des ressources financières pour investir. L’Inde excelle dans les services et la médecine, et son marché d’acquéreurs connaît une expansion rapide. Effectivement, d’après les projections basées sur le modèle de gravité, la Russie a encore une possibilité d’exportation inexploité de 24 % vers la Chine et de 17 % vers l’Inde. Et dans l’environnement commercial actuel, perturbé par les tarifs douaniers et les sanctions, même les petites victoires dans les voies sous-utilisées méritent d’être recherchées. Par exemple, l’Inde envisage d’acquérir plus de 20 avions Su-57 russes, déclinant l’achat du F-35 américain en raison des droits de douane de 25 % instaurés par Trump à l’Inde.

Avantages du RIC pour chaque contrepartie

Chaque nation y perçoit une chose différente. Pour la Russie, cela représente un moyen de maintenir sa pertinence au-delà des BRICS, particulièrement en tenant compte de son isolement grandissant face à l’Occident. Le format trilatéral tel que le RIC est perçu par la Chine comme un outil pour stabiliser sa région et limiter l’approche de l’Inde vers les États-Unis. Toutefois, l’Inde se distingue par son ton et son positionnement atypiques. Le gouvernement persiste à privilégier l’indépendance stratégique et refuse d’adhérer à des structures qui paraissent ouvertement anti-occidentales. Le MEA a caractérisé le RIC comme un « mécanisme de consultation », plutôt que comme une coalition ou une alliance.

Les taxes douanières de 25 % imposées par les États-Unis sur les marchandises indiennes, additionnées aux reproches relatifs aux importations persistantes de pétrole indien en provenance de Russie, ont intensifié les enjeux. New Delhi subit de la pression, mais elle n’est pas à l’étroit. Jusqu’à présent, sa réaction a été d’engager la conversation avec Moscou et Pékin. Il n’est pas question de se conformer trop rigoureusement à l’un ou l’autre, d’autant plus que les tensions à la frontière avec l’Amérique latine et les Caraïbes (ALC) perdurent.

La Russie et la Chine cherchent à revitaliser une structure ancienne pour élargir leur latitude d’action. L’Inde tolère, mais selon ses propres termes. Actuellement, le RIC tire sa force de Moscou et de Pékin ; Delhi lui permet de se développer, probablement pour éviter d’être trop exposé à un certain bloc.

Alors que les BRICS se développent et se complexifient, le groupe RIC (Russie, Inde et Chine) propose une plateforme plus petite et plus adaptable. Cela pourrait faciliter des échanges plus réguliers entre les trois pays. Le RIC retrouvera sa pertinence uniquement s’il se révèle utile dans un contexte concret.

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